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Les banques italiennes tournent la page de la crise

L’économie italienne bénéficie d’un solide soutien grâce au plan de relance « Next Generation EU ». Le secteur bancaire jouera un rôle clé en apportant des financements complémentaires qui participeront à l’effet multiplicateur de ce plan d’envergure. Cet effet volume devrait renforcer la dynamique porteuse du rebond des taux d’intérêt, de la conversion des dépôts en placements financiers et de la maîtrise des coûts pendant la pandémie. Le secteur bancaire italien s’apprête ainsi à renouer avec ​ une profitabilité plus élevée.

Après une récession record de 8,9% en 2020 liée à la crise du Covid-19, l’Italie a connu un rebond économique de 6,5% en 2021. Selon les dernières estimations du gouvernement, ce rattrapage de la croissance devrait se poursuivre en 2022 (+3,1%) ainsi qu’en 2023 (+2,4%).

Pour rappel, la croissance en Italie n’a jamais dépassé les 2% depuis 20001. L’économie italienne bénéficie de l’aide inédite du plan « Next Generation EU », dont les fonds seront principalement alloués au plan de relance « Piano Nazionale di Ripresa e Reslienza », pour un montant total de 192 milliards d’euros. Cette aide viendra soutenir six piliers de l’économie jusqu’en 2026.

Un effet multiplicateur du financement bancaire

En parallèle de la relance budgétaire et des réformes structurelles, les établissements de crédit vont jouer un rôle clé dans l’accompagnement des entreprises et des ménages italiens, ce qui devrait se traduire par une progression des encours des prêts et un rebond possible du ratio crédits/dépôts (« Loan-to-Deposit »).

Cet effet volume, combiné à une croissance des commissions associées aux activités de gestion d’actifs (transformation de dépôts en placements financiers), devrait se traduire par une solide croissance du Produit Net Bancaire des établissements italiens. Cette croissance devrait être encore plus élevée au niveau des bénéfices, grâce à des structures de coûts désormais mieux maîtrisées à l’issue de la pandémie, générant un levier opérationnel positif.

Des banques de nouveau solides

En complément de ces perspectives positives, il est important de noter que le volume des crédits non-performants des banques italiennes s’est considérablement réduit par rapport au pic de l’année 2015.

D’après les estimations de l’Association Bancaire Italienne, la proportion de crédits douteux inscrits au bilan des banques italiennes devrait se maintenir, au cours des années à venir, sur des niveaux équivalents à ceux qui prévalaient avant la crise de 2008.

En parallèle d’une meilleure qualité de crédit, le socle moyen de capital CET1 détenu par les banques italiennes se situe à un plus haut historique, deux fois plus élevé qu’avant la crise de 2008.

Une consolidation sectorielle, des notations bien orientées

Le secteur bancaire italien connaît par ailleurs un mouvement de consolidation (fusions et acquisitions). Après l’acquisition d’Ubi Banca par Intesa Sanpaolo (2020), d’autres projets en discussion depuis plusieurs années semblent désormais sur le point de se concrétiser.

Ce mouvement est souhaitable : le marché bancaire italien est l’un des moins concentrés de l’Union européenne, avec une multiplicité d’établissements possédant chacun des parts de marché réduites au niveau national.

Au-delà des fusions « horizontales », les banques italiennes pourraient également connaître une intégration « verticale » en absorbant des activités en amont (production) ou en aval (distribution) sur la chaîne de valeur de métiers tels que la gestion d’actifs et l’assurance. La consolidation d’acteurs bien implantés sur ces segments de marché assez fragmentés pourrait donner lieu à l’apparition d’acteurs majeurs aux revenus diversifiés, et à l’intégration territoriale renforcée.

Enfin, le secteur bancaire italien pourrait profiter d’une amélioration des « ratings » attribués à chaque établissement par les agences de notation (Moody’s, Fitch, S&P).

Impact pour les investisseurs

Certes, l’Italie continue de faire face à des défis majeurs de long terme, le pays restant l’un des plus endettés de l’Union européenne. Sa visibilité est également réduite par son instabilité politique et le fort ancrage des partis les plus contestataires.

Pour autant, le pays est entré dans une période propice à la croissance : l’aide européenne, massive et programmée jusqu’en 2026, change la donne face à la décennie passée. L’austérité économique a laissé place à la relance.

En parallèle, les efforts d’assainissement opérés au cours des dernières années n’ont pas été vains. Les banques italiennes ont su évacuer de leur bilan la grande majorité de leurs prêts non-performants et se constituer un solide coussin de fonds propres. La profitabilité du secteur présente par ailleurs de bonnes perspectives d’amélioration pour les années à venir.

En somme, bien que l’image des banques italiennes ait souffert de la crise de 2008, la plupart des voyants sont désormais au vert.

De notre point de vue d’investisseurs, les émissions obligataires des banques italiennes présentent donc de sérieux atouts, notamment sur le segment des dettes subordonnées. Pour les observateurs attentifs, capables de bien évaluer les qualités intrinsèques de chaque institution financière, certains de ces titres constituent actuellement d’excellentes opportunités d’investissement.

Par Sergio Gallo, Analyste-gestionnaire chez Lazard Frères Gestion

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