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Trendchecker : pronostiqués en 2000, non réalisés en 2020

La crise sanitaire l’a, si besoin était, démontré : même la plus belle des boules de cristal ne peut tout prédire. Des événements viennent souvent contrecarrer les prévisions.   Quiconque aurait évoqué, au tournant du siècle, des taux hypothécaires inférieurs à 1 %, aurait sans doute déclenché des rires moqueurs : une troisième guerre mondiale, la fermeture des frontières chinoises pour cause d’épidémie de virus SARS, une pénurie de pétrole ou une panne informatique généralisée, auraient sans doute été jugées nettement plus vraisemblables. Or que reste-t-il aujourd’hui des mutations à long terme pronostiquées en 2000 ? Quatre observateurs de tendances ont plongé dans leurs archives, en quête d’orientations et de prédictions qui ne se sont pas concrétisées.

Observateurs de tendances et analystes financiers nous gratifient chaque année de prédictions. Il n’en allait pas autrement au tournant du millénaire. Retour sur les deux décennies qui nous séparent de l’année 2000.

« Au vu d’un certain nombre d’études scientifiques, la conviction générale était que le monde allait subir une pénurie de pétrole », rappelle Johan Van Geeteruyen, chez Degroof Petercam Asset Management. Lorsqu’il est apparu que ce ne serait pas le cas, le débat s’est détourné de la question des réserves massives pour s’intéresser à celle de la production massive. Mais il se trouve que les États-Unis ont commencé à exporter du pétrole, limitant de facto la puissance de l’OPEP. Le prix de l’or noir est même tombé de 144 dollars à 20 dollars le baril. » « De nombreux experts misaient sur un épuisement des réserves de pétrole ou sur une pénurie d’électricité, renchérit Frank Schwarz (MainFirst). Mais la chose ne s’est donc pas produite. Des technologies plus efficaces sur le plan énergétique et une meilleure conception des activités capables de contrer les changements climatiques incitent désormais à penser qu’une grande part des réserves mondiales d’or noir ne sera jamais extraite. » « Maints pays considéraient à l’époque le nucléaire comme la source de production énergétique du futur, ajoute Frank Scharwz. Jusqu’en 2011 et la catastrophe de Fukushima. »

Lente reprise des activités touristiques

Une autre prévision qui ne s’est pas vérifiée est celle de la lenteur de la reprise du tourisme mondial après les attentats du 11 septembre 2001 et l’épidémie de SARS, en 2003. « Aucune de ces craintes ne s’est réellement confirmée », constate Frank Schwarz (Mainfirst). 

Crise financière 

Qui, à la veille de l’année 2000, aurait prédit qu’une bulle financière allait succéder à celle des dotcom ? « Les courbes de taux d’intérêt et les courbes de croissance réelle escomptées étaient à l’époque nettement plus marquées, affirme Hans Stegeman, chez Triodos IM. Beaucoup de gens ont par ailleurs cru, à tort, que l’innovation technologique allait déboucher sur une économie nouvelle, au sein de laquelle les pénuries n’auraient plus d’importance. Le développement durable était quant à lui à peine évoqué. » 

Brillant avenir des entreprises télécoms 

Au début du siècle, les entreprises de télécommunications avaient le monde à leurs pieds.  « Toutes les possibilités leur semblaient ouvertes, affirme Johan Van Geeteruyen (DPAM). Mais le resserrement constant des réglementations et l’importance des investissements indispensables au maintien de leur compétitivité technologique dans un marché extrêmement concurrentiel ont pesé sur leurs performances boursières. »

Europe unifiée 

Au lendemain de l’introduction de l’euro, le 1er janvier 1999, la collaboration et même, l’unification, européennes, paraissaient généralement certaines. « Pour un large pan de la classe politique, l’introduction de l’euro allait être à la fois un levier et un préambule à la fusion des économies nationales en une économie unique », relate Bert Flossbach (Flossbach von Storch AG). Or depuis, l’Europe a cédé beaucoup de terrain, en particulier face aux États-Unis et à la Chine. « De surcroît, l’euro est actuellement plutôt une entrave pour les États membres économiquement plus faibles et fortement endettés, qui ne peuvent dévaluer leur monnaie pour accroître leur compétitivité. » Pour Bert Flossbach, les marchés vont rester tributaires longtemps encore de la problématique de l’endettement : « Loin de s’alléger, la dette est reportée sur le futur. C’est une épée de Damoclès qui finira par s’abattre. Mais pas nécessairement demain, le mois prochain ou l’an prochain. »

Une chose est en tout cas certaine pour nos quatre observateurs : l’investisseur qui mise sur une seule tendance, ou sur des tendances à long terme sans opter pour un suivi actif, fait rarement de bonnes affaires. Seuls un portefeuille activement géré, un suivi régulier et des recherches approfondies permettent de rectifier promptement le tir. Car des événements venant contrarier les prévisions seront tout aussi inévitables dans les 20 prochaines années.

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